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Nouvelles et essais, par Julius Nicoladec

La chapelle Saint-Sylvain de Nevers, Jacqueline et Michel Philippart, décembre 2020

Art contemporain en écrin médiéval

Un peu en retrait de l’alignement des maisons, de largeur modeste, la chapelle Saint-Sylvain peut rester inaperçue au passant inattentif qui arrive à Nevers. Construite dans le faubourg du Martelet par les chanoines de l'abbaye Saint-Martin, elle connut des sorts divers, servant par exemple de funérarium aux seizième et dix-septième siècles. Elle demeura largement oubliée pendant plus de deux siècles, de sa vente en lots séparés en 1790 jusqu’à sa réunification en 1999. Il faut dire que l’état piteux de sa façade à la fin du vingtième siècle n’incitait guère qu’on s’y intéressât. Et pourtant, cette vieille dame, datant du treizième siècle, agrandie le siècle suivant, était parvenu à traverser les âges tant bien que mal. C’est ainsi qu’on redécouvrit en 2000 que les enduits divers d’après révolution cachaient une superposition de peintures des treizième et quatorzième siècle. À partir de là, la réhabilitation ira bon train. Restauration de la façade, avec reconstitution de la baie en ogive qui avait été très malencontreusement remplacée par une pitoyable fenêtre carrée, classement au titre des Monuments Historiques en 2002. Elle est ouverte au public à partir de 2003. Puis, à partir de 2010, elle retrouve une destination active en servant de cadre à des expositions d’art contemporain, sous la direction de deux amateurs passionnés, Jacqueline et Michel Philippart.

Du Moyen-âge au vingt-et-unième siècle

La « Culture », malgré les dévoiements du terme, est un bien fondamental, tout aussi indispensable que les autres nécessités de la vie. À condition d’en éviter les dénaturations multiples, allant du grand spectacle, à fins commerciales, au gadget d’animation locale. Ici, patrimoine et art contemporain sont considérés comme des valeurs complémentaires qui se font réciproquement valoir. De par son histoire tourmentée, percement de la voûte, division en deux étages, installation d’un escalier en bois, superposition des décors, la chapelle porte déjà en elle l’éclectisme de tout devenir historique. Vivre pleinement le présent, c’est aussi en faire le point de jonction entre sauvegarde du passé et invention de l’avenir, dans une rencontre nécessairement intime. C’est donc tout naturellement que vint l’idée d’inviter des artistes reconnus à réaliser des œuvres spécialement destinées à ce site. Non pas simplement y exposer une œuvre conçue par ailleurs, mais spécifiquement œuvrer à son devenir, en venant y inscrire une nouvelle possibilité. Dans le souci de provoquer une rencontre véritable, et conformément à la logique des lieux, la chapelle n’accueille que des groupes réduits de visiteurs, pour une découverte gratuite et guidée.

L’ouverture à la diversité des possibles

Il n’y a ici aucune volonté d’imposer une admiration forcée, mais le souci de donner à voir une diversité d’explorations. Depuis François Morellet, qui fut le premier à y participer en reprenant le thème des décors géométriques médiévaux, il n’est pas possible ici de rendre justice à tous les artistes ayant collaboré à cette aventure, certains de renommée internationale, d’autres de rayonnement plus régional. Prenons l’exemple de Claude Lévêque. D’origine neversoise, devenu un nom important de l’art contemporain, créateur, entre autres, du néon rouge en forme d’éclair sous la pyramide du Louvre en 2014. Il réalisa en 2013 le néon « Chute », partant d’une écriture volontairement maladroite, de dimension modeste, mais imposant avec force sa présence en haut de la voûte de la chapelle. Que prétend-il ? Chute matérielle, comme la chapelle en connut, chute symbolique, fragilité de l’être humain, incertitude sur le sort de l’humanité, l’interpellation reste ouverte… Des complexes montages politico-surréalistes d’Erro, à la brutale simplicité dérangeante du « Croire ou rire, il faut choisir » de Taroop & Glabel, un lieu d’une magie déroutante.

L’œuvre de Michel Philippart

Les (re)créateurs de ces lieux sont eux-mêmes artistes. On peut distinguer dans l’œuvre de Michel Philippart des « périodes ». La granuleuse-réaliste (mélange de sable et de peinture) révèle le morcellement du réel, à travers des sujets restant identifiables. Cette mise en question de l’apparence quotidienne se poursuivra dans la série des « Mondes ». Une période « géométrique » s’ensuivra, jouant sur la monotonie répétitive, insidieusement rompue d’anomalies d’autant plus déstabilisatrices qu’elles restent furtives. Plus récemment, les tableaux-téléviseurs, toujours empreints de géométrie, laissent des zones entrouvertes. Ces trous vers des ailleurs donnent sur des objets « en vrai », du circuit électronique au tube de peinture, dont la présence déconcerte. Certaines de ces peintures comportent le portrait de l’artiste, comme observant l’observateur, opérant une inversion les rôles. Qui est l’objet, qui le sujet ?

Quelques liens pour en (sa)voir plus

* Brève présentation de la chapelle : https://fr.wikipedia.org/wiki/Chapelle_Saint-Sylvain_de_Nevers
* Les amis de la chapelle Saint-Sylvain : 52 rue Mademoiselle Bourgeois, 58000 Nevers.
* Sur Michel Philippart : http://www.sgdl-auteurs.org/remi-boyer/index.php/post/Le-Grand-%C5%92uvre-de-Michel-Philippart

Julius NICOLADEC

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